Tautologie publicitaire

Il existe un type bien identifiable de publicité tautologique : elle se présente généralement comme une longue succession de plans sans rapport, censés sublimer toutes les situations de la vie, soutenus par une charmante rengaine d’électro-pop easy listening, entraînante ou mélancolique. Elle nous dit vous êtes comme ci, vous êtes comme ça, vous faites ceci, vous faites cela, et nous représente à tous les âges d’une vie parfaite, conforme à tous les critères admis de réussite et de bonheur Continue reading →

Philosophe de l’impensé

Le philosophe trouvait de l’impensé partout : c’est qu’il était sans doute, conclut-il, le seul homme à penser. D’où découla l’ambitieuse hypothèse qu’à part lui, les hommes, qui longtemps s’étaient crus hommes, n’étaient qu’au mieux des singes. S’ensuivit l’impensable, qu’il s’empressa de formuler : de lui-même, cela ne faisait rien moins que Dieu.

Discorde nationale autour des funérailles à Johnny

Après pour ou contre Charlie, ce fut pour ou contre Johnny, à la suite de quoi il fut décidé que toute polémique sociétale aux motifs trop obscurément emberlificotés serait désormais affublée d’un prénom qui en simplifierait radicalement l’énonciation. Qu’il s’agisse de l’abaissement des charges patronales ou des magasins ouverts le dimanche, on s’affirmerait désormais pour ou contre Martin ou Kevin. Continue reading →

Mother! de Darren Aronofsky

(Spoiler alert !)

Sous prétexte d’allégorie baroque, sans trame ni contexte, sur les dommages collatéraux de l’égoïsme, incarné-là par le Génie Littéraire (sic) sous les traits granitiques — profil orthogonal de statue grecque — d’un Javiem Bardem outrageusement mâle, baudruche enflée de testostérone, le film se vautre gratuitement dans une putasserie sordide. Continue reading →

Subvertir la superstructure

Dès lors qu’on travaille en entreprise, irrémédiablement pris dans l’absurde enchevêtrement économique de clients, partenaires, collègues, employés, subalternes, fournisseurs, prestataires, managers, directeurs, patrons et chefaillons en tous genres, on n’est plus qu’un rouage microscopique de la superstructure capitaliste, et l’on ne s’appartient plus.

C’est hors d’elle qu’il faut travailler pour s’appartenir, et contre elle pour la subvertir.

Cimentation

Gorgé de soi par accumulation du moi au fil des ansl’homme perd en capacité d’écoute à mesure qu’il vieillit. L’attention à l’égard de l’autre, que favorise l’indétermination poreuse de la jeunesse, disparaît au profit du sentiment unilatéral de sa propre importance, hermétiquement consolidé comme un ciment.

Discours de crise

À quoi bon écrire encore des romans ? Il n’y aura jamais plus d’auteur important, tous les écrivains mémorables sont déjà passés. L’histoire de la littérature est celle d’un temps révolu. C’est une mourante sous perfusion médiatique de cérémonies masturbatoires. Un cadavre pourri, que rongent des vers imposteurs.

Le bel art sied mal au goût mesquin de la démocratie qui ordonne de flatter sans condition les bas instincts du tout-venant ; ça fait beaucoup de censeurs à qui complaire à la fois. Beaucoup d’auteurs aussi : d’où vient qu’on publie tant de livres chaque année ? À croire que les écrivains excèdent en nombre leurs lecteurs.