Réchauffement

Le vieil industriel, issu d’un sang noble révolu et cramponné par atavisme à l’ancienne étiquette, vouait aux gémonies tout ce qu’il voyait passer d’hommes en shorts, bermudas, chemisettes, claquettes, tongs et autres fripes décadentes révélant les chairs. L’homme occidental qui se respecte doit aller en manches longues, chaussures fermées et pantalon.

Il devait sa fortune considérable au charbon, dont l’exploitation, à l’empreinte carbone pourtant désastreuse au regard de son faible rendement énergétique, avait été réactivée par les subventions de l’état, dans une tentative désespérée de créer des emplois introuvables ailleurs.

Ainsi le vieil industriel contribuait-il de manière significative au réchauffement climatique comme à son propre malheur. Tandis qu’année après année grimpaient les thermomètres et se dévêtaient ses contemporains, il s’acharnait à endurer les fournaises de l’enfer dans un costume trois pièces étroitement ajusté, arpentant le bitume en fusion dans les vapeurs d’échappement bouillantes, le corps toujours plus ardent de sueur, et l’esprit toujours plus aigri.