Mother! de Darren Aronofsky

(Spoiler alert !)

Sous prétexte d’allégorie baroque, sans trame ni contexte, sur les dommages collatéraux de l’égoïsme, incarné-là par le Génie Littéraire (sic) sous les traits granitiques — profil orthogonal de statue grecque — d’un Javiem Bardem outrageusement mâle, baudruche enflée de testostérone, le film se vautre gratuitement dans une putasserie sordide. La caméra traque à l’épaule la compagne éplorée, délaissée, soumise — Jennifer Lawrence, ectoplasme livide —, abandonnée parmi les fans hystériques de son mari qui leur ouvre sa maison comme un moulin, inconditionnellement flatté qu’on l’aime, leur donne sa bénédiction — portrait de l’Artiste en Idole divine — quand bien même ces invités envahissants se mettent à piller son foyer, à le vandaliser et l’incendier, violer sa femme ou dévorer son nouveau-né. Pour peu qu’on l’aime, le Génie pardonne tout à ses ouailles, il leur offre en pâture tout ce qu’il a d’intimité. Grossière parabole de la gloire médiatique.

La femme, paradoxalement réduite au double poncif, à la double peine de la muse évanescente et de l’épouse castratrice, est chosifiée d’un bout à l’autre, complaisamment maltraitée puis violemment martyrisée, jusqu’à voir son nourrisson cannibalisé, jusqu’à mourir elle-même dans l’incendie. Elle ou une autre, peu importe finalement au Génie Créateur qui ne cherche qu’à se mirer en l’amour servile prodigué par la femme, et lui ouvre l’abdomen en son dernier râle, pour y récupérer une pierre précieuse, un pouvoir surnaturel qui lui permet de rebooter l’histoire, de redémarrer à zéro avec une nouvelle muse-épouse — twist final oblige, parfaitement lamentable. L’éternel retour du Génie Alpha, en quelque sorte. La femme serait-elle là métaphore de l’inspiration consumée dans le processus de création d’une œuvre (le nourrisson), que ça n’arrangerait rien : le film n’en resterait pas moins un navet d’une laideur effroyable.

Ami cinéphile, passe ton chemin.