Avec du neuf, faire du vieux

Quelle différence entre

le nourrisson d’antan, ruse apitoyante de la nature, poupon parfait dormant comme un charme au creux du couffin, rose, fragile et frais, adorablement mignon, joli à se damner — un ange ;

et

le quinquagénaire peu ragoutant d’aujourd’hui, cent kilos sur la balance, bourrelant de graisse sa chemise pleine à craquer, peau sale, cheveu luisant et tâche douteuse au boutonnage, traînant partout avec lui son nuage d’odeurs rances, mélange de rot à bière et de vieux pet, de sueur, de tabac et café froids, et qui dépose à chaque livraison son étron de deux kilos au fond de la cuvette, dans une puanteur d’étable et d’égout entremêlés, dont les effluves persistantes traverseraient jusqu’aux parois d’un bunker ?

Aucune ; ils sont une seule et même personne, à deux âges de la vie.

Nous sommes tous d’adorables nouveaux nés qui avons mal tourné.