Mi dandy, mi tarzan

Mi dandy, mi tarzan, il a mené sa douce à la plage avec tout le matériel d’un dîner aux chandelles. Ainsi verse-t-il, à intervalles fréquents, dans deux verres à pied, un vin qu’on devine pétillant pour le prestige. Son appareil à musique émet un jazz sirupeux de circonstance, heureusement couvert par le fracas naturel du ressac qui, ici du moins, devrait suffire à l’oreille mélomane. Nu sous son parasol, il exhibe son corps avec un amour immodéré de lui-même. Il ne rechausse son maillot que pour aller d’un pas aérien ébrouer dans l’eau ses lignes sveltes, faisant fi des vagues brutales, et c’est encore un spectacle musculaire que de le voir dessaler ensuite sa peau tannée sous la douche de la plage. Alors il s’en revient sur sa serviette, se déshabille et cale son cahier de poète contre son entrejambe offert à tous les vents, pour faire jaillir les vers célestes de l’inspiration naturelle. Il ignore qu’un autre genre de poète, plus ironique celui-là, l’observe d’un peu plus haut. La vision du mi dandy mi tarzan l’a distrait de sa lecture, au moment même où Emma Bovary embrasse l’accomplissement de sa déchéance : « Mais, s’il y avait quelque part un être fort et beau, une nature valeureuse, pleine à la fois d’exaltation et de raffinements, un cœur de poète sous une forme d’ange, lyre aux cordes d’airain, sonnant vers le ciel des épithalames élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le trouverait-elle pas ? »