Penser trop

Vu ce titre dans le métro, entre les mains d’une lectrice absorbée : Je pense trop.

Un sous-titre mêlant jargons du coach et du plombier — Comment canaliser ce mental envahissant ? — précise l’argument commercial : un livre qui, à défaut de vous débarrasser de vos soucis, prétend vous apprendre à ne pas les ressasser.

On ne peut s’empêcher de prendre un tel titre au pied de la lettre, comme une invitation explicite à la passivité intellectuelle. Le développement personnel, c’est le conditionnement soft des esprits faibles. 

Or on peut penser mal, mais jamais trop, puisqu’on a forcément toujours quelque chose en tête, fût-ce le néant même ou le flash de l’orgasme. Qu’on prenne son pied, on est tout à son plaisir, ou qu’on ait mal, on est tout à sa douleur : c’est donc bien qu’on y pense. Contemplez-vous l’azur ? Vous pensez au bonheur !

On ne peut pas penser trop parce qu’on ne peut pas penser plus longtemps qu’il n’y a de temps pour penser.

Pour commencer, pensons donc par exemple à lire de bons livres.