Manosque Giono

Souvenir de Manosque (1)

Première partie : “Vous êtes écrivains ?”

Séjour à Manosque dans une petite maison de pierre à quelques minutes de la vieille ville piétonne.

Deux pièces dont une chambre sous le toit, un intérieur modeste, ravissant et pratique, meublé de bois, ouvert par un perron sur le jardin. Le strict nécessaire à la vie douce.

Le jardin forme une bande étroite dans le prolongement de la maison, avec deux terrasses qui se succèdent. Jardin provençal livré à lui-même, anarchie de bric-à-brac, de broussailles, d’herbes mauvaises et de gazon roussi, autour du bassin vide d’une pataugeoire. Surtout, des arbres, un marronnier, un figuier, des palmiers, des lauriers et des arbustes de toutes sortes qui font écran de leur feuillage à la chaleur incandescente. À toute heure, même quand le soleil écrase la terre à la verticale, un coin d’ombre au moins est disponible. Pays de sieste et de langueur.

Par hasard, nous avons loué la maison adjacente à celle où Jean Giono vécut avec sa famille pendant quarante ans, dans une allée débouchant sur une rue nommée « Montée des vraies richesses » — ça ne s’invente pas. C’est d’ailleurs dans le jardin de Jean Giono que prend racines le robuste marronnier qui surplombe tous les autres arbres, et nous fournit ainsi l’essentiel de l’ombre bienfaitrice.

En nous conduisant depuis la gare, curieux de ce qui pouvait bien nous amener là, le taxi nous a demandé, comme à une entité collégiale unie dans la même occupation, si nous étions « écrivains ». Je n’ai pas su quoi répondre.

Vite, la suite !