Macronie 3

Un entretien d’embauche en Macronie (3/4)

Épisode 3 : Alerte rouge

 

Résumé de l’épisode précédent : Où le candidat s’alimente d’une prose indigeste en attendant qu’on le rappelle.

Enfin, après deux semaines, la dirigeante me contacte pour fixer rendez-vous, sous-entendant que le recruteur y a insisté auprès d’elle. Mauvais augure, mais je ne m’en formalise pas. Le recruteur m’appelle à son tour pour me dispenser ses dernières recommandations et la tonalité a changé, imperceptiblement le profil « atypique » a perdu de sa superbe, la dirigeante trouve à redire à mon cursus, il me faudra résolument convaincre ; de premier postulant, je suis clairement rétrogradé outsider. Très mauvais augure, mais je passe outre, ramolli, attendri à force d’expectative, et je m’efforce plutôt d’adapter mon discours à l’aune des ces confidences de dernière minute. Retournant chercher des informations sur le site de l’agence, je m’aperçois que la photo du seul homme de l’équipe a disparu, et j’en déduis qu’entre temps, il s’est fait virer. L’effectif est maintenant 100% féminin : m’enverrait-on à ma perte en terre hostile d’Amazones ?

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Entretien

Un entretien d’embauche en Macronie (2/4)

Episode 2 : “Les trois sphères du moi”

 

Résumé de l’épisode précédent : Où le narrateur est « chassé » par un recruteur, puis lit le blog de la dirigeante de PME qu’il est censé bientôt rencontrer.

On y apprend, dans divers billets au lyrisme ésotérique, sorte de prose managériale à la gloire de sa propre méthode de développement personnel, que la dirigeante de la PME, à la différence de ses congénères en représentation permanente, préfère « être dans l’être » abus chronique de répétitions paresseuses — et se donner « la liberté d’être congruante (sic) à chaque moment » pour aligner « ce que je suis, ce que je dis, ce que je fais, les trois sphères du moi […] au service de ma mission de chef d’entreprise ».

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Gibier entretien

Un entretien d’embauche en Macronie (1/4)

Épisode 1 : Du gibier

 

Comme je laisse traîner un peu partout en ligne mon CV à la recherche d’un emploi, un jour on m’appelle ; c’est un « chasseur de têtes » — à ces mots, je visualise toujours les indémodables viandards des Inconnus — qui veut connaître mon profil, et comme je lui sers le profil qu’il cherche, il me donne rendez-vous. Dans une certaine mesure, les recruteurs sont une barrière plutôt commode à franchir, car ils connaissent mal la réalité du métier pour lequel ils recrutent, et veulent avant tout s’assurer que vous cochez les bonnes cases.

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