Gibier entretien

Un entretien d’embauche en Macronie (1/4)

Épisode 1 : Du gibier

 

Comme je laisse traîner un peu partout en ligne mon CV à la recherche d’un emploi, un jour on m’appelle ; c’est un « chasseur de têtes » — à ces mots, je visualise toujours les indémodables viandards des Inconnus — qui veut connaître mon profil, et comme je lui sers le profil qu’il cherche, il me donne rendez-vous. Dans une certaine mesure, les recruteurs sont une barrière plutôt commode à franchir, car ils connaissent mal la réalité du métier pour lequel ils recrutent, et veulent avant tout s’assurer que vous cochez les bonnes cases.

Le rendez-vous se passe bien : il me dresse un portrait flatteur du poste, je lui dresse un portrait flatteur du candidat. Considérant le poste pour ce qu’il est, un job à prendre, ni plus ni moins concerné que le saisonnier en quête de son prochain contrat, je suis détendu et parviens à composer l’esprit de motivation sans forcer, signe justement probant pour mon interlocuteur que j’investis dans l’opportunité proposée bien plus d’ardeur que pour un simple job. Pour lui, ça matche, et il décide de me présenter à sa cliente.

Et puis, plus de nouvelles pendant dix jours, ce qui me laisse le temps de cogiter.

Sur son site, l’agence commanditaire annonce fièrement un chiffre d’affaires supérieur au million d’euros, et dit aider les marques « à raconter des histoires qui font sens et parlent aux sens ». Beurk. Il fallait oser si atroce répétition, dont on imagine en outre que son auteur y a trouvé matière à grande fierté. C’est la bouillie habituelle de creative design saupoudrée de dataviz, apparemment plébiscitée par des clients tous plus prestigieux les uns que les autres : après seulement trois ans d’existence, la boîte a l’air de bien marcher.

Elle est dirigée par une femme, ample crinière bouclée, quarantaine flamboyante. L’équipe, dont les membres ont chacun leur photo sur le site, compte neuf femmes pour un seul homme, ce qui paraît étrange, inquiétant même, pas moins angoissant à vrai dire qu’une société qui compterait à l’inverse neuf hommes pour une femme. C’est le genre de statistique qui vous met la puce à l’oreille.

Je pousse un peu mes recherches au sujet de la dirigeante et je déniche son blog personnel. D’emblée, ça fleure bon le mysticisme entrepreneurial new age à la sauce Steve Jobs…

 

À suivre…