Papillon

À la recherche d'une forme

25 janvier 2023

Quatre nages

La nage papillon, telle que la pratique l’amateur, ressemble plutôt à s’y méprendre à celle du crapaud cul-de-jatte qu’empoisserait une flaque de pétrole.

Du papillon, on ne reconnaît à la rigueur que l’enfance larvaire et sa laborieuse reptation, quand il était encore chenille.

On trouve tout un bestiaire à la piscine municipale, mais bien peu de mammifères marins : plutôt des ruminants divers, des échalas en tous genres, des suricates et autres dragons de Komodo. Le petit bassin d’aquagym est un Marineland à lui seul, sauf qu’on n’y jette pas de poiscaille en récompense aux otaries ; peut-être devrait-on y songer d’ailleurs pour inciter ces dames (et ce monsieur, il y en a un) à peaufiner leurs acrobaties, sans quoi, pour tout dire, le numéro n’est pas fameux.

À la fin le crapaud cul-de-jatte se noie dans sa flaque. Le papillon amateur, lui, s’agrippe in extremis au rebord : c’est sa bouée de sauvetage au bout de la ligne d’une longueur de vingt-cinq mètres exactement selon l’étalon de Paris, mais équivalente au moins, dans l’esprit suffoquant du malheureux, à la largeur du Styx.

Il a dilapidé tout l’oxygène irriguant son cerveau.

À propos de crapaud encore, voici venir à grandes enjambées — à les regarder soulever leurs palmes on dirait que le sol tangue sous nos pieds, on cherche vite un bastingage où s’accrocher — les hommes-grenouilles pour leur cours du soir, en habit des abysses et bonbonne sur le dos (que vient souvent compléter une bedaine par devant, pour le bon équilibre de l’ensemble), prêts à barboter deux heures sur le carrelage en vue d’arpenter un jour les luxuriances coralliennes ou les boyaux d’épaves hantées : c’est dire la quantité d’imagination dont il faut être pourvu (voilà des gens qui auraient tout aussi bien pu mettre à profit des ateliers de creative writing, semble-t-il).

Autant dire qu’ils le ramassent dans une pochette surprise, leur permis de plonger. C’est ainsi : les meilleures attractions de vacances, faisant désormais partie intégrante de la carrière, ont aussi leurs diplômes, dût-on simuler pour l’aficionado continental l’incommensurable océan dans un enclos blafard.

Mais parlons plutôt de la nage, la vraie.

On croit que c’est juste là pour aider, les palmes, à nager plus vite avec moins d’efforts, mais faut pas croire, c’est traître, surtout si le coach nous demande d’envoyer les watts. Tous ces litres d’eaux qu’on agite en plus, ça tire fort sur les élastiques, jusqu’à ce que crac : la crampe au milieu d’un sprint. On découvre alors ce que doit ressentir, tandis qu’il plane en toute majesté, l’oiseau foudroyé en plein vol, sans avoir pourtant rien demandé à personne, l’aile transpercée d’une balle — Mayday ! —, tombant alors en torche. Dans le cas de la crampe à la piscine, on pataugera plutôt jusqu’au rebord le plus proche, depuis où l’on s’extirpera tant bien que mal de l’eau, pas moins à bout de forces qu’un naufragé, et blessé de surcroît. Pris de court par ce muscle qui défaille sans préavis, et refuse tout de go de répondre au central, on aura peut-être un peu bu la tasse sur le coup : ce chlore au goût biocide, suffit-il à éradiquer les germes importés du pédiluve, ou gobe-t-on par la même occasion des mycètes ?

À suivre…

Papillon

Last modified: 25 janvier 2023