Combat Non garanti sans mauvaise foi

Les livres ardus et les initiés contents de soi

1/09/22

Cette émission, bien que son animatrice fût horripilante, et son invitée réputée avoir, selon Wikipédia, participé à une « opération de Brand content par laquelle la maison Gallimard s’associe à Dior pour célébrer le sac Lady », ce qui devrait être à peu près passible de disgrâce sans recours, cette émission pourtant, que j’écoutai d’une oreille en mettant à jour des reportings, n’était pas inintéressante, malgré son lot d’idées convenues. Sous un titre gentiment racoleur, il était question de l’« illisibilité », réelle ou supposée, d’Ulysse en particulier, et des « romans monstre » en général, ou bien plutôt — et c’était l’intérêt, qu’on a par ailleurs le droit de trouver faible, de l’émission —  des différentes manières de lire (gravir) ces livres hors-norme, non destinés au tout-venant mais plutôt aux écrivains eux-mêmes, ou à tout le moins à la minorité des lecteurs les plus éclairés : d’une traite en marathonien, partiellement ou bout à bout, en picorant des morceaux choisis, au hasard dans le désordre, au rythme d’une page par jour pendant dix ans etc. La preuve, loin de m’encourager à refermer les livres ardus dès le premier embarras (il faut dire que je ne suis pas trop ce genre de lecteur, plutôt du genre à finir coûte que coûte, parfois même quand je ferais mieux de m’arrêter), ça m’a donné envie de lire Ulysse plus tôt que prévu dans mon planning, c’est vous dire, à moi qui suis ouvertement critique de la pâmoison obligatoire, la déférence automatique dont cette œuvre fait l’objet de la part de l’avant-garde autorisée, ça m’a donné envie au point que j’ai failli me rendre en librairie dès la pause déjeuner qui s’ensuivit, avançant ainsi de nombreuses années mon projet de ne lire Ulysse qu’une fois à la retraite — c’est en effet je ce que j’envisageais jusque-là : ça fait longtemps que j’ai envie de le lire, mais aussi tout mon temps pour le faire, si tant est que Dieu me prête vie d’ici là. Et tels les derniers des trolls, ou les premiers d’ailleurs je ne sais pas, sous l’empire en tout cas du même genre de coup de sang grossier, quelques tenants de l’élite artistique, d’ordinaire docteurs en irrévérence mais juchés cette fois sur leur catéchisme, se sont empressés de dénigrer l’émission sur Twitter, fustigeant qu’on ne se prosternât pas devant le vénérable monument, comme untel qui dit en substance, d’une sentence un peu pataude mais qu’il trouva sans doute aérienne, que si t’es pas cap’ de lire Ulysse en entier, t’es rien qu’un gros con (c’est moi qui traduis), ou encore, cet écrivain-traducteur-éditeur très prolifique (se relit-il beaucoup ?) et très geignard, vedette de la corporation, qui établit un parallèle entre l’angle choisi et les chiffres record des vente de Musso, comme si la proposition « lire Musso » équivalait, eu égard à ce qu’elle révélait de son lecteur, à « ne pas finir Ulysse », d’après un type qui serait pourtant capable de soutenir en tout autre occasion que tout est littérature, ou que se moquer de qui ne finit pas un livre, c’est du vilain mépris de classe.

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À la recherche d'une formeCombat

2 septembre 2022

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Autour de chez moi, les travaux font rage

14/06/22

Autour de chez moi, les travaux font rage. Quand j’accompagne mon fils à l’école le matin, esquivant les trous béant le long de l’avenue désormais sans trottoir, étourdi par le raffut d’engins endiablés, j’ai l’impression de longer des tranchées — décor de guerre par temps de paix. Pour construire l’avenir, détruire surtout le présent. Ma ville n’est qu’un vaste chantier de démolition. Ces jours-ci, on détruit les rares maisons d’origine qui restaient encore debout au milieu du pâté de maison, dont le vis-à-vis nous procurait un dernier îlot de quiétude visuelle, et la nuisance sonore atteint son comble, au point que je travaille avec des boules Quies. Moi qui, réfugié chez moi deux jours par semaine en télétravail, espère ainsi échapper à l’agitation frénétique du bureau tout tendu vers l’objectif insensé de driver toujours plus de business, me voilà rattrapé par les bulldozers — littéraux cette fois — du progrès. Plus moyen d’échapper nulle part aux diverses machineries infernales — l’État, le Marché, l’Urbanisme — qui écrasent impunément l’individu, sous alibi démocratique. Les crétins contempteurs de l’abstention voudraient que je vote, mais quel vote a jamais empêché les promoteurs de faire table rase des arbres sous ma fenêtre ? J’ai parfois, bien malgré moi, des bouffées de haine contre toute cette hideur effrénée alentour, contre la loi d’airain de la croissance, j’ai des envies de meurtre, l’infâme édile local par exemple, avec quelle satisfaction je l’imagine pendu en place publique. Qu’ils ont dû jouir, au plus fort des soulèvements de la Révolution, de voir rouler toutes ces têtes dans le panier, de les mettre sur des piques : rien que pour ce défouloir, sûr que ça valait le coup.

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À la recherche d'une formeCombat

13 juillet 2022

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Que vaut une science aux énoncés dépourvus de sens ?

De la montée en généralité

Récemment les chiffonniers du web se sont écharpés autour du dernier mot d’ordre à la mode — « Comment faire pour que les hommes cessent de violer ? » — relayé par les militants habituels.

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Combat

5 février 2021

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Misère de la critique promotionnelle