Autour de chez moi, les travaux font rage

À la recherche d'une forme

13 juillet 2022

14/06/22

Autour de chez moi, les travaux font rage. Quand j’accompagne mon fils à l’école le matin, esquivant les trous béant le long de l’avenue désormais sans trottoir, étourdi par le raffut d’engins endiablés, j’ai l’impression de longer des tranchées — décor de guerre par temps de paix. Pour construire l’avenir, détruire surtout le présent. Ma ville n’est qu’un vaste chantier de démolition. Ces jours-ci, on détruit les rares maisons d’origine qui restaient encore debout au milieu du pâté de maison, dont le vis-à-vis nous procurait un dernier îlot de quiétude visuelle, et la nuisance sonore atteint son comble, au point que je travaille avec des boules Quies. Moi qui, réfugié chez moi deux jours par semaine en télétravail, espère ainsi échapper à l’agitation frénétique du bureau tout tendu vers l’objectif insensé de driver toujours plus de business, me voilà rattrapé par les bulldozers — littéraux cette fois — du progrès. Plus moyen d’échapper nulle part aux diverses machineries infernales — l’État, le Marché, l’Urbanisme — qui écrasent impunément l’individu, sous alibi démocratique. Les crétins contempteurs de l’abstention voudraient que je vote, mais quel vote a jamais empêché les promoteurs de faire table rase des arbres sous ma fenêtre ? J’ai parfois, bien malgré moi, des bouffées de haine contre toute cette hideur effrénée alentour, contre la loi d’airain de la croissance, j’ai des envies de meurtre, l’infâme édile local par exemple, avec quelle satisfaction je l’imagine pendu en place publique. Qu’ils ont dû jouir, au plus fort des soulèvements de la Révolution, de voir rouler toutes ces têtes dans le panier, de les mettre sur des piques : rien que pour ce défouloir, sûr que ça valait le coup.

Travaux

Last modified: 13 juillet 2022