La langue bodybuildée

La langue bodybuildée

Mon côté trop terre à terre me fait répugner à l’usage des mots-slogans de la novlangue digitale qui pour moi ne veulent rien dire. Dire draft pour brouillon, ou même ébauche, et template pour modèle, voir du design, de la data et du creative partout, et mille autres exemples encore de simagrées qui infestent désormais la langue, tout cela revient à gonfler à l’hélium des idées plates, leur donner un tour bionique pour les rendre sur-signifiantes, porteuses d’une valeur ajoutée purement imaginaire, par là même inaccessible au non initié.

Ainsi dopé, le signifiant acquiert un prestige qui rejaillit en retour sur son signifié : torcher un brouillon sur un coin de table devient une activité hautement stratégique. Baudrillard dirait que ce ne sont là que des signes, des keywords que les gens s’échangent comme matériel symbolique de reconnaissance mutuelle. Appelant un chat un chat, j’apparais forcément old school. J’objective — diraient les sociologues — leur charabia fumeux, et ce faisant, je jette un froid.