Des bidules aussi durables que possible

À la recherche d'une forme

7 septembre 2022

6/09/22

Ce qui est merveilleux de nos jours, c’est qu’on peut se demander en se grattant le menton « mais qu’en est-il vraiment de ces fameux stades climatisés ? », débouler l’instant d’après sur ici.radio-canada.ca, rubrique sport (allez savoir pourquoi j’ai préféré Radio Canada à Ouest France qui a pourtant eu la bonté de me proposer le même article au mot prêt), lire un maigre entrefilet, rédigé d’une plume sans doute asséchée déjà à la seule idée des rigueurs du désert, une sorte de communiqué laconique dont on ne sait s’il est repris tel quel de l’AFP crédité en chapô ou du Ministère qatarien, s’il a été écrit par un stagiaire ou un robot, le lire donc et conclure, soulagé

puisque le Professeur Saud Abdulaziz Abdul Ghani nous assure que sa technologie (autrement désignée plus bas comme ses « systèmes », mais le journaliste aurait tout aussi bien pu écrire bidule, machin, bitonio) est « aussi durable que possible » (on en déduit que l’empreinte carbone des morts pour les stades ne pèse pas bien lourd, première bonne nouvelle), chiffre de « 40% plus durable que les techniques existantes » à l’appui (aucune source en revanche, mais peut-être a-t-elle tari avec la sécheresse) ; attendu aussi que, renchérit un certain M. Perret, architecte français de son état, « avec des panneaux photovoltaïques c’est mieux » qu’avec du pétrole ou du gaz

et nous qui pensions que ce n’était pas qu’une question d’énergie produite pour faire tourner les climatiseurs, mais aussi de ce que ceux-ci rejettent, ce sur quoi on approfondit l’enquête d’une leste requête, apparemment on appelle ça des fluides frigorigènes, bel et bien nocifs eux, pour l’environnement, mais après tout que puis-je savoir exactement des fluides frigorigènes ou de leur effet sur la couche d’ozone, et qui me dit que le système révolutionnaire du Professeur Saud Abdulaziz Abdul Ghani recourt à des frigorigènes nocifs, et de toute façon là n’est pas la question 

la question qui, en l’occurrence, n’a pas échappé à la sagacité proverbiale de l’architecte français, ce serait plutôt qu’« il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas de climatisation dans des stades quand il y a du chauffage dans d’autres », les mobiles d’été valant donc bien les mobiles d’hiver eux-mêmes sans doute indiscutables, à savoir entre autres, du moins pour ce qui est de l’été, « éliminer les odeurs corporelles », comme nous en informe ce bon vieux Professeur Saud Abdulaziz Abdul Ghani, qui a le mérite de nous rappeler avant tout que, 50 000 personnes amassées dans un stade, ça pue

ce qui est merveilleux donc, disais-je, c’est qu’on peut lire tout ça, sur Radio Canada ou ailleurs, et conclure, soulagé : « Ah ben c’est bon, on s’est encore tracassé pour rien : puisqu’on vous dit que les stades climatisés sont aussi durables que possible ! » De même que les chars à voile et de même que, figurez-vous, le four à micro-ondes, ce n’est pas moi qui le dis (j’ignorais même qu’il fût dans le collimateur des lanceurs d’alerte), c’est une blogueuse scientifique que je ne connais pas, mais chez qui mes clics m’ont mené, s’appuyant là encore sur force chiffres abreuvés cette fois aux sources les plus pures, pour nous expliquer doctement, non sans un petit air de je-vous-l’avais-bien-dit, que la pratique écolo n’est pas là où on croit qu’elle est, la preuve elle-même cuisine presque exclusivement au micro-ondes puisque 

« I know that my way of eating is low-carbon. I’ve spent years poring over the data. Microwaves are the most efficient way to cook. »

et pendant toutes ces années, tandis qu’elle croisait minutieusement les données afin de prouver à la face du monde que le micro-ondes est le moyen le plus efficace de cuisiner, pas une seule âme charitable pour la prévenir que c’est aussi le moyen le plus dégueulasse, et que les bouillies ramollies qu’elle en tire sont imbouffables ?

Durable

Last modified: 7 septembre 2022