Tandis que je franchis la dune qui me sépare de la plage de la Bosse, un personnage incongru se dévoile progressivement à mon regard dans la descente, casque audio sur les oreilles, cheveu hirsute et allure d’hippie quinqua, faisant les cent pas le pinceau à la main devant son chevalet, comme pour chercher l’élan nécessaire à son art. C’est le peintre local, donc, qui fixe sur sa toile — comme je m’en avise en le dépassant, jetant un coup d’œil dans mon dos — le moulin surplombant la mer.
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Un matin je le croise sur sa bicyclette, chevalet à califourchon sur le porte-bagage, en route déjà pour le travail.
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Le peintre local, sans doute prolixe en croûtes, médisons-nous, comme il y en a pendues aux murs de notre maison de location. N’empêche, croûtes ou pas, honneur à l’artiste anonyme fidèle à son labeur ! (Mais peut-être me méprends-je : et si ses pittoresques aquarelles jouissaient en fait d’une renommée mondiale ?)
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Un plagiste pas comme les autres, ce jeune et fringant prêtre dans sa soutane au col étroitement boutonné, qui s’adonne aux jeux de plage avec sa famille dont le plus simple appareil, ordinaire en ces lieux, contraste avec son austère habit. Et virevolte la jupe sur le sable tandis qu’il fait du diabolo, tape dans la balle, joue aux raquettes, avec un enthousiasme tout miséricordieux.

Last modified: 23 août 2025