Aujourd’hui j’ai revu pour la première fois depuis ma vingtaine (c’est dire si c’est loin) les deux sales gueules de mes cousines germaines du côté de ma mère, des mêmes générations que mon frère et moi, branche pourrie avec laquelle c’est peu de dire que nous sommes en froid, comme avec toute la famille de ma mère en vérité, si bien qu’on pourrait croire que la branche pourrie c’est nous, mais non : pourri, en fait, c’est tout le reste de l’arbre qui l’est (si par exemple, comme ce ne fut pas le cas, j’avais consenti sous la pression, il y a quelques années, à faire le déplacement pour l’enterrement de mon grand-père, ce n’eût pu être qu’afin de cracher sur sa tombe).
Elles me sont apparues vieillies d’un coup, quadras tôt faisandées, dans une séquence du replay d’une émission pour cassos intitulée « Affaire conclue, tout le monde a quelque chose à vendre », à propos de laquelle m’a rencardé mon frangin ; venues fourguer une vieille croûte héritée dudit grand-père dont elles et leur mère, autre harpie de gros calibre, avaient accaparé bec et ongles à sa mort le fourbis de meubles et bibelots sans intérêt — autant dire que nous nous étions alors empressés de ne pas leur disputer ce sordide butin. Elles en ont tiré neuf-cent balles, de leur croûte, pour offrir des vacances à leur mère, ont-elles dit à la télé, croyant ainsi faire pleurer dans les chaumières sans doute. Quelles sales gueules elles ont maintenant ! Par deux fois la cadette, malgré l’infime temps de parole qui leur était imparti dans la file des quidams venus vendre leurs vieilleries aux enchères, a tenu à répéter son misérable souvenir d’enfance à propos du tableau dont pour ma part, le voyant à l’écran, je ne retrouvais qu’un souvenir au mieux probable, aussi empoussiéré par les ans que cette minuscule scène dépeignant des cavaliers sombres dans la plaine : « Il a toujours été dans le bureau de notre grand-père et attention, interdiction d’y toucher ! », précisant ensuite que l’interdiction visait surtout sa sœur qui, a-t-elle alors cafeté, avait tendance à casser tout ce qu’elle touchait, soit un très pudique euphémisme : cette fille, aujourd’hui affublé d’un œil de verre après qu’un ressort jailli d’un vieux canapé lui a crevé un œil lors d’un déménagement (c’est du moins ce que m’a rapporté ma mère), faisait à l’époque toutes les plus graves conneries s’offrant à une adolescente précoce, très tôt sûre de sa plastique et narcissisée à bloc par une mère à la fois idolâtre et concurrente, celle-ci délaissant d’autant la cadette dont l’anecdote choisie pour son passage à la télé n’avait donc rien d’innocent : ce sont deux sœurs qui se sont toujours cordialement détestées.

Last modified: 21 février 2026
