Carte postale Tag Archive

Néoclassique on the beach

Carte postale #6

Mercredi nous nous rendons dans le quartier huppé du Vieil, avec ses vieilles maisons bourgeoises donnant directement sur la plage, pour assister au récital en plein air, piano sur le sable ou presque, d’une certaine Sophie Rivière, enfant du pays dont les « compositions s’inspirent du style néoclassique et de la nature », comme elle le précise elle-même sur son site.

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À la recherche d'une forme

29 août 2025

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Un monologue de sourd

Carte postale #5

Au Cadillac Bar, où nous aussi avons désormais nos habitudes, un type à la table voisine prend prétexte de ce que j’annonce à ma compagne de la pluie pour le lendemain, selon Météo France, pour s’immiscer dans notre conversation. Mais après tout, parler météo au bistrot, marronnier universel par définition, n’est-ce pas une invitation patente à l’immixtion ? Si le soir, on entend la mer depuis les terres, nous explique-t-il doctement, c’est que souffle un vent de nord-ouest, et que donc un orage se prépare, tandis que si on ne l’entend pas, c’est que souffle plutôt un vent de sud-ouest, d’où pas d’orage en vue — ou inversement et antipodiquement, je ne sais plus, je n’entends rien à ces jeux de langage. S’ensuit un dialogue de sourds avec son compère qui — est-ce donc une manie sous ces latitudes ? — a besoin de nous parler.

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À la recherche d'une forme

27 août 2025

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Règlement de comptes au Cadillac Bar

Carte postale #4

Dans le quartier du village où nous logeons, vers le port de Morin, on trouve pour tous commerces : un magasin d’accessoires de plage sur la route du port (avec son panneau racoleur : « soyez surpris : le magasin est grand ! »), et deux bars-restaurants, situés côte-à-côte juste en face du camping pour mieux s’en disputer les chalands : j’ai nommé le Cadillac Bar (a.k.a. chez Papou) et Jojo la frite. Le premier ne désemplit pas de la journée, tandis que chez le second la fréquentation paraît plus sporadique ; c’est sans doute que, même si son offre est sensiblement la même, son cadre est plus fruste. Au Cadillac Bar, il y a en outre une salle de jeux d’arcade où, pendant que nous attendons nos frites en buvant des bières, les enfants vont s’amuser sur les machines, sans qu’il soit besoin d’y insérer trop de pièces : leur imagination fait le reste (le fils aîné aura tout de même droit à une partie de flipper et une course de moto). Répit bienvenu pour les parents. À chaque fois qu’elle vient nous voir sur la terrasse latérale où nous sommes installés, la serveuse se plaint ostensiblement des clients ivres à l’intérieur, et quand je me rends à la caisse pour régler la note, je constate effectivement que là-dedans tout le monde est bourré : jeunes et vieux, vacanciers comme habitués. Notamment ces deux jeunes, ronds comme des queues de pelle, qui attendent leurs pizzas derrière moi et que j’entends subitement, avec effroi, commenter la couleur de mon pantalon, comme si je n’avais pas mes deux jambes dedans, et qu’il était enfilé sur un mannequin dans une vitrine.

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À la recherche d'une forme

26 août 2025

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Le chantier Agnès Varda

Carte postale #3

Après notre excursion au large sur le voilier plus que centenaire, il nous faut rebrousser chemin et nous extirper de la foule susmentionnée, ce qui dans le centre congestionné de la petite station balnéaire ne se fait pas sans mal, si bien qu’à un moment notre fils aîné et moi sommes contraints de nous arrêter sur un trottoir pour attendre que nous rejoigne ma compagne qui a la tâche délicate de manœuvrer, arrimée à son vélo, la carriole convoyant notre fils cadet. C’est là que m’apostrophe un type surgi de nulle part, l’air hébété :

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À la recherche d'une forme

25 août 2025

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Un truc qui cloche

Carte postale #2

Après avoir attaché nos vélos là où s’achève la route depuis le port de Morin, puis longé le remblai qui surplombe deux petites criques inondées par la marée haute, nous atteignons enfin la plage de nos voeux, l’idyllique plage de Luzéronde ; mais alors que nous posons le pied sur le sable en quête d’un coin propice où étaler nos serviettes, m’étreint tout à coup le sentiment encore mal défini qu’un truc ici cloche. À mesure que le contour des plagistes alentour se précise, l’explication s’impose : nous sommes entrés en territoire « tout nu », même si des familles « textile » ont pris sur elles de se mêler aux maîtres tacites — nulle indication ou délimitation officielles — des lieux. Et tandis que nous traversons leur fief pour mieux nous en éloigner, je remarque que chez eux, nombreux sont les hommes qui se tiennent là debout sur le rivage, longuement immobiles sans rien faire d’autre que mine de contempler le paysage, la bedaine pointant vers l’horizon, dans une pose savamment négligée via laquelle leur zgueg s’offre idéalement au regard du riverain, que celui-ci veuille voir ou non. Du côté « textile », comme j’ai pu m’en aviser par la suite, bien rares sont les hommes qui tiennent une telle pose. On ne m’ôtera donc pas de l’idée que, sous les airs supérieurs d’égalitarisme et de liberté qu’il se donne, avec son appropriation grotesque du mythe du bon sauvage (je pense notamment à ces gens qui font leurs courses à poil au supermarché du camp naturiste), le nudisme est avant tout un exhibitionnisme qui ne dit pas son nom. D’ailleurs, si l’ostentation n’était pas intrinsèque à la démarche, s’épileraient-ils tous avec autant de soin, comme on ne peut s’empêcher de le remarquer ? Sans compter qu’ils « débordent largement sur la partie textile », comme le relève pertinemment quelqu’un dans les avis Google que je me suis amusé à consulter…

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À la recherche d'une forme

24 août 2025

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Le peintre et le prêtre

Carte postale #1

Tandis que je franchis la dune qui me sépare de la plage de la Bosse, un personnage incongru se dévoile progressivement à mon regard dans la descente, casque audio sur les oreilles, cheveu hirsute et allure d’hippie quinqua, faisant les cent pas le pinceau à la main devant son chevalet, comme pour chercher l’élan nécessaire à son art. C’est le peintre local, donc, qui fixe sur sa toile — comme je m’en avise en le dépassant, jetant un coup d’œil dans mon dos — le moulin surplombant la mer.

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À la recherche d'une forme

23 août 2025

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