Reconversion

La reconversion de l’écrivain maudit

L’écrivain maudit estime, à l’instar de Rimbaud, qu’il a fait le tour des Lettres. Il s’ennuie et réfléchit sérieusement à se reconvertir dans le trafic d’armes.

Mais en plagiant ainsi son prestigieux prédécesseur, il se condamne à n’être qu’une pâle copie, un paresseux usurpateur devant la postérité. Il faut innover, que diable, pour conquérir le privilège immortel de la commémoration !

L’écrivain maudit se choisit donc une carrière plus extravagante encore : il sera dealer de cocaïne.

entretien-embauche

Un entretien d’embauche en Macronie (4/4)

Épisode 4 : Le théorème de Debord

 

Résumé de l’épisode précédent : Où l’entretien commence mal.

Il me faut bien avouer que je ne suis pas convaincant. Pris de court, la repartie plate, je me laisse chahuter, réduire à mes compétences techniques, ravaler au rang de grouillot logistique. Comme j’ai parlé le premier — erreur tactique aux conséquences lourdes — je reste un temps tributaire de la description que le recruteur m’a donnée du poste, description erronée bien sûr dont les approximations me valent encore quelques sarcasmes, car les recruteurs sont des jean-foutre, des ronds de cuir tirant leur rente des grandes chaises musicales entre cols blancs. Aucune chance de m’en sortir : même quand nous disons la même chose, elle est persuadée que dans sa bouche c’est grandiose, et dans la mienne, minable. À mesure que je me fais enfoncer, je ne trouve plus à opposer pour ma défense qu’un demi-sourire ironique, ainsi qu’un calme à toute épreuve.

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Macronie 3

Un entretien d’embauche en Macronie (3/4)

Épisode 3 : Alerte rouge

 

Résumé de l’épisode précédent : Où le candidat s’alimente d’une prose indigeste en attendant qu’on le rappelle.

Enfin, après deux semaines, la dirigeante me contacte pour fixer rendez-vous, sous-entendant que le recruteur y a insisté auprès d’elle. Mauvais augure, mais je ne m’en formalise pas. Le recruteur m’appelle à son tour pour me dispenser ses dernières recommandations et la tonalité a changé, imperceptiblement le profil « atypique » a perdu de sa superbe, la dirigeante trouve à redire à mon cursus, il me faudra résolument convaincre ; de premier postulant, je suis clairement rétrogradé outsider. Très mauvais augure, mais je passe outre, ramolli, attendri à force d’expectative, et je m’efforce plutôt d’adapter mon discours à l’aune des ces confidences de dernière minute. Retournant chercher des informations sur le site de l’agence, je m’aperçois que la photo du seul homme de l’équipe a disparu, et j’en déduis qu’entre temps, il s’est fait virer. L’effectif est maintenant 100% féminin : m’enverrait-on à ma perte en terre hostile d’Amazones ?

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Entretien

Un entretien d’embauche en Macronie (2/4)

Episode 2 : “Les trois sphères du moi”

 

Résumé de l’épisode précédent : Où le narrateur est « chassé » par un recruteur, puis lit le blog de la dirigeante de PME qu’il est censé bientôt rencontrer.

On y apprend, dans divers billets au lyrisme ésotérique, sorte de prose managériale à la gloire de sa propre méthode de développement personnel, que la dirigeante de la PME, à la différence de ses congénères en représentation permanente, préfère « être dans l’être » abus chronique de répétitions paresseuses — et se donner « la liberté d’être congruante (sic) à chaque moment » pour aligner « ce que je suis, ce que je dis, ce que je fais, les trois sphères du moi […] au service de ma mission de chef d’entreprise ».

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Gibier entretien

Un entretien d’embauche en Macronie (1/4)

Épisode 1 : Du gibier

 

Comme je laisse traîner un peu partout en ligne mon CV à la recherche d’un emploi, un jour on m’appelle ; c’est un « chasseur de têtes » — à ces mots, je visualise toujours les indémodables viandards des Inconnus — qui veut connaître mon profil, et comme je lui sers le profil qu’il cherche, il me donne rendez-vous. Dans une certaine mesure, les recruteurs sont une barrière plutôt commode à franchir, car ils connaissent mal la réalité du métier pour lequel ils recrutent, et veulent avant tout s’assurer que vous cochez les bonnes cases.

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gag cosmique - escher

Gag cosmique

L’incommensurabilité de nos différentes échelles d’observation, depuis l’infiniment grand de l’univers jusqu’à l’infiniment petit de l’atome, en passant par l’horizon planétaire puis par les référentiels étroits de la perception humaine, sans même parler d’autres degrés intermédiaires (les perceptions animales et végétales) ni des échelons potentiels en-deçà (que nous cache encore le vide quantique ?) ou au-delà (l’univers exponentiel à plus de quatre dimensions)…

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Souvenir de Manosque (2)

Seconde partie : La chipo, la guêpe et Jean Giono

 

Les guêpes apparemment sont carnivores.

Nous dînons sur la terrasse. L’une d’elles s’intéresse de près à nos chipos et nos merguez. Comme elle tourne autour de nos assiettes en rase-motte épileptique, menaçant au moindre écart de nous piquer, nous finissons par l’appâter avec une petite entame de saucisse.

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Manosque Giono

Souvenir de Manosque (1)

Première partie : “Vous êtes écrivains ?”

Séjour à Manosque dans une petite maison de pierre à quelques minutes de la vieille ville piétonne.

Deux pièces dont une chambre sous le toit, un intérieur modeste, ravissant et pratique, meublé de bois, ouvert par un perron sur le jardin. Le strict nécessaire à la vie douce.

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invraisemblables brouillaminis

Ces invraisemblables brouillaminis

Au sujets des multiples digressions qu’il entortille gaiement dans La Vie et les opinions de Tristram Shandy, Laurence Sterne écrit quelque part dans le volume VIII :

« Ne dirait-on pas que je prends plaisir à me jeter dans ces invraisemblables brouillaminis uniquement pour découvrir par quels moyens inédits je réussirai à en sortir ! » 1  

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