Sales temps pour les fans de vélo. Pour qui s’efforce d’être honnête avec soi-même, tout enthousiasme est aussitôt mâtiné de soupçon : trop de watts à chaque ascension, de quoi éclairer nos villes pour l’année. La moindre douceur nous est amère : on vit sous l’emprise du double bind.
De dépit, certains se vouent sans relâche à la rage : s’ils ne manquent pas une course, c’est pour mieux agonir les tricheurs. Il faut que tout le monde sache combien les mortifie ce spectacle que, sans faute, ils endossent comme le cilice. Et gare à ceux qui trouveraient encore matière à vibrer, tout de suite suspects d’être complices : interdiction d’éprouver du plaisir !
La suprématie de Pogačar est telle qu’on en vient presque à se demander s’il n’est pas le seul à se doper. Le loser en fait c’est lui, largué loin devant. A moins que ses rivaux ne trichent qu’à demi, réservant l’autre moitié de leurs fluides à ce qu’il leur reste de scrupules. Se doper d’accord, mais en tout bien tout honneur !
Présomption de culpabilité de rigueur : qu’ose émerger un jeune talent, il est jugé junkie d’office. C’est qu’on les biberonne au microdosage dès le berceau ! Le seul moyen d’avoir l’air clean, c’est de se fondre parmi la plèbe anonyme que ramasse la voiture balai.

Last modified: 27 avril 2026
