D’où parles-tu, camarade ?

À la recherche d'une forme

8 juillet 2026

Dans mes notes laissées en friche pour cause de cerveau fondu par la chaleur, cette idée que chacun devrait déclarer d’où il parle, à l’instar de l’exorde marxiste, avant que d’ergoter en public à propos de la canicule. Non pas pour se faire mousser ni plaindre, mais qu’on sache au moins à qui on a affaire, à quelles conditions réelles telle opinion est arrimée. Je me prête donc à l’exercice :

Exposition

Cuisine nord-est, embrasée au p’tit déj, et salon sud-ouest, soumis plein pot au feu roulant du soleil de midi au crépuscule. Une chambre de chaque côté. Troisième étage à découvert, derrière un pâté d’immeubles neufs n’en dépassant pas quatre. Autant dire que ça tabasse. Traversant néanmoins, à l’affût des rares soupirs nocturnes.

Palliatifs

Volets accordéon dans les chambres, vétustes et fermant mal, store vénitien dans la cuisine, laissant tout de même passer le jour par un carreau oblong à hauteur de robinet. Mais la plus grande surface à défendre, c’est le salon, avec sa façade de six mètres et ses deux doubles portes vitrées : une pièce enviable et lumineuse selon les critères d’antan, mais qui sous nos nouvelles latitudes a tôt fait de se changer en rôtissoire.

Là, aucune autre fortification qu’un double vitrage certes appréciable, quand nous avons pris location des lieux : aquarium d’enfer, donc, qui nous conduisit à tester, en 2019 si mes souvenirs sont bons, la tactique dite des draps mouillés pendus aux tringles, avec l’effet dérisoire qu’on sait. Ce sur quoi j’installai des rideaux thermiques qui n’atténuèrent qu’insuffisamment la fournaise lors des cuissons suivantes, avant que nous n’arrachassions enfin de haute lutte aux proprios (et encore, financée cinquante-cinquante) l’installation de stores bannes à manivelle sur le balcon.

Attirail

Un ou deux ventilos tournant à plein régime, achetés en urgence au bazar, inégalement fonctionnels et longévifs selon le modèle. Signe que le métier rentre, cette année j’en ai commandé un de compète quelques jours avant l’épisode. Et bien sûr, le fatras habituel de bouteilles d’eau glacée, de poches de froid, de torchons et de linges mouillés dans l’espoir de soulager la peau bouillante.

Protocole

Calfeutrage maximal et noir complet dès le matin, ouverture à tous les vents la nuit pour traquer d’introuvables courants d’air, malgré l’intrusion possible des tégénaires qui nous arrivent sporadiquement du jardin du rez-de-chaussée. Horaire d’ouverture variable en fonction du moral : en mal d’oxygène frais, on cède souvent trop tôt le soir, prêt à tout pour faire refluer la chape. Repas froids (à l’exception notable d’une regrettable commande de pizzas un soir de flemme et de gueule de bois : plus jamais ça), douches tièdes régulières comme de bien entendu, et parti du moindre effort : rangement et ménage attendront. Le week-end, quête désespérée d’endroits frais où défouler les enfants. En semaine, échappatoire du bureau climatisé.

Résultat des courses

Apathie et liquéfaction. Lors des précédentes canicules, la température intérieure grimpait inéluctablement de jour en jour jusqu’à franchir allègrement les trente degrés, et qu’on ne sache plus très bien en fin de journée s’il faisait plus chaud dehors ou dedans. Mais depuis, mon thermomètre a rendu l’âme, et je ne l’ai pas remplacé : je crois que je préfère ne pas savoir.

Alors va pour l’achat d’une clim’ mobile. Hélas, craignant de me faire plumer, et fourguer un tas de ferraille sans effet, il me faudra attendre que retombe la ruée et que soit renflouée l’offre, à des prix décents. Autant dire que c’est foutu pour cet été.

Canicule
Calder (clim’ aux petits oignons à la Fondation Louis Vuitton)

Last modified: 8 juillet 2026