Humeur malvenue

À la recherche d'une forme

27 août 2026

Carte postale 2026 | §14

14.

L’humeur malvenue parfois, le trop plein, la fatigue d’organiser, surtout quand est comme moi un peu maniaque du planning et des horaires, un peu sur les dents malgré soi, et il faut dire qu’ici, enclavé dans la gorge, ralenti par les routes vertigineuses que sillonnent sans relâche les motards qui vous saluent du pied droit, avec toujours à l’arrière un enfant malade sur deux, ce qui peut certes suspendre pour un temps l’insatiable flux de questions de l’aîné, un véritable interrogatoire sur le poids, la longueur, la vitesse, la puissance, la distance, la physique des choses, comme si j’étais omniscient ; mitraillage hélas aussitôt remplacé par un râle suraigu signalant la souffrance intolérable que lui cause sa nausée — c’est en fait, comme il nous le dira plus tard, sa « stratégie pour gagner du temps » — ; il faut dire qu’ici c’est autre chose que les vacances bien huilées, pré-fabriquées, de la machine à cash Center Parcs, que j’ai troquées pour le bric-à-brac anguleux, la niche imprenable du Royans (et par la même occasion j’ai troqué ma mère pour ma femme, gagnant donc au change sur les deux tableaux), soit un pays regorgeant de possibles, rustique et débraillé comme sont exubérants sa rocaille et sa broussaille, ses copeaux de montagne plantés comme des tessons dans la croûte, un pays dont l’inaccessibilité foncière fait sans doute les délices des touristes en mal d’obstacles dans la mécanique de leur quotidien, venus se ressourcer dans l’accomplissement de corvées dépaysantes (ainsi des campeurs qui crapahutent de place en place à seule fin de faire et défaire inlassablement leur cantonnement) ; un pays rendu moins abordable encore par le règne sans partage de la chaleur, devenue force cosmique suprême. L’oeil accablant qui débusque toute ombre au cours de sa rotation, qui vous traque et vous fait flamber comme une torche dès le bout du nez dehors, la moiteur perpétuelle de la peau — il n’y a pas jusqu’à ma montre qui ne me tienne chaud — condamnent à la langueur même les meilleures volontés. Alors je surveille la météo avec une inquiétude que jamais n’apaisent les prévisions, tant est chaque jour ajourné le terme de la canicule ; à croire qu’on va cuire pour toujours dans cette fournaise. Alors je suis à la trace, sur la carte en temps réel des impacts de foudre, la trajectoire de l’orage promis, mais le bougre s’arrange toujours pour nous fuir : on pue de la gueule ou quoi ? Ah l’implacable bulletin qui vous fait redouter d’avance les nuits tropicales dans des draps trempés, écris-je harcelé par deux, non… trois, non… quatre mouches qui ont élu domicile avec nous dans la maison de location. Mais pourquoi donc nous collent-elles ainsi, est-ce ma sueur qu’elles viennent sucer ? Chercheraient-elles désespérément à se rafraîchir aussi ? Ou peut-être que, se démultipliant de jour en jour, faute de place elles ne peuvent plus que se cogner encore et encore à nous ?

A suivre…

Humeur

Last modified: 27 août 2026