6.
Une semaine plus tard, autres vacances, autre décor : je suis avec l’aîné à l’Intermarché de Villard-de-Lans, où Saint Éloi et Monique Ranou règnent en tyrans sur des rayons tristement dégarnis. À la caisse nous peinons à suivre le rythme pour remplir nos sacs des articles que scanne la caissière, si bien que sans trop y prendre garde, j’ai positionné derrière moi mon caddie plus ou moins au milieu du passage, ce que ne tolère pas une boomeuse passant dans mon dos qui, plutôt que de me demander d’écarter pour elle ledit caddie, le tamponne agressivement à l’aide du sien afin de se dégager la route, et je repense à ma mère une semaine plus tôt à Center Parcs, nous racontant comment elle avait bousculé sans ménagement, d’un coup de coude impitoyable, ce vacancier lui barrant la route à la sortie de l’ascenseur de l’Aqua Mundo. Quand bien même ce vacancier, qu’elle nous dépeignit alors comme un lourdaud s’offusquant d’un « Oh ! » bouffon de son passage en force, se serait indélicatement posté devant les battants coulissants de l’ascenseur, je ne saurai jamais dans quelle mesure il méritait une telle riposte, n’ayant eu accès qu’à un compte rendu partial de l’événement. Méritais-je quant à moi, une semaine plus tard à Villard-de-Lans, qu’on tamponne mon caddie ?
7.
C’est un pays de lacets biscornus où nous entrons sans transition quelques dizaines de minutes à peine après avoir quitté les environs de Valence, falot no man’s land de ZAC et de ronds points secs comme la paille : on plonge dans le Vercors comme dans le puits d’Alice ; c’est l’antre des falaises qui défilent à-pic, menaçantes, au-dessus de nos têtes, ces piédestaux d’opéra* patiemment sortis de terre, chaque millimètre attendant son heure, c’est-à-dire dix mille ans ; roides et nus, les plastrons de calcaire urgonien, prolongés en pente raide par la forêt touffue qui trempe ses pieds dans la rivière, la Bourne dont un bras formant un gour propice à la baignade épouse les escarpements de notre villégiature, Choranche.
*J’emprunte cette image à Patrick Ollivier-Elliott qui, dans son livre sur le Vercors (Vercors safari-patrimoine, aux éditions La Fontaine de Siloé), a ces mots à propos de Choranche : « Vers les sommets, quelques rochers d’opéra semblent attendre un ténor. »

Last modified: 21 août 2026
