15.
Le frelon, lui, pour notre salut à tous elle a su le chasser de l’habitacle sans trembler tandis que je conduisais — c’est par ailleurs une tueuse de guêpes hors pair —, alors qu’il s’était posé sur le rebord du pare-soleil juste au-dessus de ma tête, nous menaçant d’une catastrophe.
16.
Marchand au rythme tranquille de l’âne monté par mon cadet, dans des sentiers « peu roulants » comme les adeptes du trail aiment à qualifier ces raidillons étroits et pierreux où il est impensable d’accélérer la foulée, je repense au plan d’ouverture d’Aguirre, la colère de Dieu, où l’on suit du regard un interminable cortège pédestre de conquistadors en armure, d’esclaves enchaînés, de bétail garde-manger, de chevaux et de mules tractant de pesants fardeaux, au nombres desquels on compte même des canons, c’est dire l’incommodité du bazar à trimballer, tout ce petit monde gravissant péniblement des Andes vierges et hostiles. Pourquoi s’infliger cela ?
17.
Les animaux des vacances : pas grand-chose à se mettre sous la dent à Center Parcs, à peine un mulot furetant un matin sur la terrasse du cottage, quelques pauvres poules et chèvres à la ferme pédagogique en toc, des carpes Koï décoratives dans des bassins et, tout de même, les chevaux acteurs du spectacle équestre. Dans le Vercors, notre âne d’un jour bien sûr, Scoubidoo, et les retrouvailles émues avec l’inénarrable Pompon dans son enclos ; une salamandre jaune et noire qu’un type du coin croisé sur un sentier, l’ayant repérée, a gentiment montrée à mon fils aîné ; un écureuil aperçu au loin lors de mon ascension matinale du chemin vers la grotte ; une couleuvre, ou autre reptile apparenté, se cachant sous une pierre dans le gour où l’on se baignait quotidiennement ; quelques sangsues identifiées au même endroit, dans des petits goulets stagnants ; le frelon qui faillit nous mener à la mort dans la voiture (ainsi qu’un autre entré chez nous, exécuté sans merci par la tueuse de l’équipe) ; des chauves-souris voletant sous les toits de la maison voisine, en travaux (ainsi qu’une autre entrée un soir dans notre salon pour en ressortir immédiatement, quand je n’y étais pas : on m’a rapporté l’événement) ; une mante religieuse stationnant incognito sur le parasol au-dessus de nos têtes au bord de la piscine de l’Hostel Quartier Libre au Col de la Machine ; bien sûr, les escadrons sempiternels de mouches, guêpes et moustiques qui ne méritent pas qu’on les mentionne ; ni les usuels chevaux, vaches et chiens, si ce n’est cette espèce de Pit Bull de merde que ses cassos de maîtres font s’ébrouer au bord de la rivière, mettant ma vigilance en alerte ; les protées de la grotte (il en sera question au paragraphe à venir) ; le retour saisonnier des poux sur la tête de mon fils aîné ; un aigle supposé, vu de moi seul, du moins son arrière train au décollage alors qu’il s’empressait de fuir sa branche à notre approche, qui aurait tout aussi bien pu être un faucon ou une buse variable (ça m’a toujours fait rire, les buses variables), mais sur la base du portrait robot que je tentai de lui en restituer, mon fils aîné préféra conclure à l’aigle, prise plus rare et partant prestigieuse que les faucons dont nous avions déjà vu dans les airs quelques spécimens, et qui s’ajoutent ainsi à la liste ; le lézard attrapé dans la cuisine par mon cadet, vif comme l’éclair, et, dans la même veine, deux crocodiles, mais en plastique et gonflables, prêtés à mes enfants par la propriétaire de notre gîte pour qu’ils jouent avec à la rivière ; une bande de babos enfin, surpris au détour d’un sentier, accomplissant en groupe leur séance matinale de yoga au milieu d’un champ.
A suivre…

Last modified: 28 août 2026
