Dégobillis à Chambord

À la recherche d'une forme

19 août 2026

Carte postale 2026 | § 5

5.

Au contraire du cadet, à qui je passerais tout, encore selon ma mère. Qu’importe qu’ait pourtant fait son malheur l’éducation à la dure qui fut son lot à elle. Elle ne démord pas de certaines idées de son temps. Le cadet, malade en voiture, a vomi tout son lait du lever juste au moment où nous arrivions au château de Chambord pour un spectacle équestre. N’aurait-il pas au moins pu nous prévenir à temps pour qu’on s’arrête, et se soulager dans les formes sur le bord de la route, comme tout le monde ? (Quant à moi, je ne suis pas sûr qu’on puisse exiger une telle maîtrise de soi de la part d’un petit garçon de quatre ans tout ronds.) Elle me concédera tout de même plus tard qu’il s’est bravement tenu ensuite, malgré son indisposition, tandis que j’écopais approximativement le dégobillis à l’aide d’une vieille couverture qui par chance traînait dans la bagnole, me garais au parking de Chambord, courais en quête d’une boutique de souvenirs dans l’espoir d’y trouver un t-shirt de rechange qu’il me fallut acheter en taille XS (24,90) à défaut de modèle enfant, pour en affubler le petit bonhomme. Flottant jusqu’aux poignets et genoux dans ce pis-aller orné d’un cerf, ne m’a-t-il pas alors suivi à marche forcée sans jamais émettre la moindre plainte pour contourner le château sous le cagnard — au contraire de ma mère, soumise à rude épreuve et pestant à cinquante mètres derrière nous — et rallier in extremis aux antipodes les écuries du Maréchal de Saxe où le gentil spectacle équestre retraçant l’histoire du château, commenté en voix off par un enregistrement de Jean Dujardin, était sur le point de commencer devant des gradins déjà pleins qui nous contraignirent à nous séparer en deux groupes — d’un côté, ma mère et mon aîné, de l’autre, mon cadet et moi — pour trouver où nous assoir ?

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Dégobillis

Last modified: 20 août 2026