Si je nage en club, c’est pour entre autres pratiquer à mon aise. Aujourd’hui, j’ai eu le malheur d’expérimenter la piscine Jacqueline Auriol à la pause déj, allée Louis de Funès, pour une séance burlesque en effet si on doit la prendre à tout prix du bon pied, mais un peu rase à mon goût. À la sociologie du quartier, boomeurs industrieux et cadres strava, ajoutez l’afflux suscité par la chaleur ainsi que la restriction d’horaire imputée à celle-ci : ça se bouscule au comptoir, qui ouvrira à midi pile et pas une seconde plus tôt malgré des guichetiers dans les starting-blocks, et la file déjà dense, inavertie du changement, plutôt sur les nerfs sauf une bande de vieilles qui se racontent trop fort le pays, de ces habituées toujours en pole position.
De vide le bassin soudain passe à grouillant, d’une foule de spécimens aux balancements asynchrones qui marquent tant bien que mal la cadence à la queue leu-leu, va-comme-j’te-pousse et touche moi le pied. À chaque couloir sa chenille qui se mord plus ou moins vivement la queue ; des champions doublent par le milieu, ne cédant rien sur leur programme ; stationnent aussi des badauds dans l’attente du bon élan, et vous empêchent de prendre appui dans le virage. Dans le marasme on vend cher sa peau, on se dépêche d’abattre ses longueurs ; on se jure surtout de n’y plus remettre les pieds. À la sortie, des vieux se plaignent tout en enfilant leurs chaussures. Si c’est pour se prendre des coups… dit une dame.

Last modified: 9 juillet 2026
